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le jour du fléau, 2011

 
© Paul Kemler

© Paul Kemler

 

Tu pourrais tuer pour que l’on t'achève...

Lumière. De la lumière. Rien que de la lumière. La lumière est bien trop vive. 

Trop vive pour que tu deviennes clairvoyant ou visionnaire. Trop vive pour un retour en grâce. Trop vive pour une épiphanie. Trop vive pour toi.

D'ailleurs elle a instinctivement pris congé, sans la moindre éclipse. Et toi tu la vois s'éloigner. Elle court en te toisant. À moins que ce ne soit toi qui recule. 

Marcher pour reculer ! Comme une hygiène de vie.

Bientôt la lumière devient une image fixe, puis un souvenir et enfin un fantasme.

De gauche à droite, mais toujours en arrière. Tu continues à reculer à petites foulées militaires. À tel point que tu doutes que ce rythme soit bien le tien. Tu n’y vois plus rien.

Maintenant tu décélères en boitant mécaniquement, en butant contre la gravité. Tes pas se font lents, lourds, disloqués, désarticulés. Tu voudrais bien faire du surplace, seulement tu sens que tu ne pourrais que tituber. Et même sans doute t’écrouler. Avant de te répandre.

Tu te dis qu'il y a comme un malentendu. Le dandy, ton binôme, lui, apprécie. Tu aimerais être sous hallucinogène tant la vision que t’offre la réalité est déformée membre par membre.

Lui jubile devant le spectacle car ce qu’il aime plus que l’intimité d’une frappe chirurgicale, c’est le corps-à-corps à l’échelle mondiale. Lui et toi fixez religieusement la fresque.

Comment les choses ont-elles réussi à se régénérer ainsi ?

Pourquoi la vie trouve irrémédiablement son chemin dans un désastre pareil ?

Comment les Hommes survivent malgré eux depuis la Genèse ?

Comment le plateau de la Croix-Rousse est devenu un tel champ de bataille ?

La fin du monde est à portée de tir, les enfants de Dieu saucissonnés en rangs d'oignons sont prêts à être sacrifiés pour conclure cette parabole par une bonne storyline dans la foi, l’allégresse et la rubrique des faits divers. Tout est réuni pour que la ville brûle et purifie tout sur son passage.

Une boule de feu. La ville est une boule de feu au creux de cette nuit sacrée de décembre.

Le boulevard de la Croix-Rousse ressemble à un charnier de narcoleptiques. Désormais sans croisade, certains butent contre les grilles grises et rouillées encore fermées du métro de la ligne C pour remonter le temps. Les autres redescendent sur Terre, non sans quelques turbulences, en retrouvant une vision commune à la majorité des gens normaux. Et les derniers pleurent à chaudes larmes et en canon pour avoir trop tutoyé le paradis.

Entre l’épiphanie et la désillusion depuis ton centre d’inertie tu contemples la force du nombre. Tes pieds, tes jambes sont englués dans de l’humanité en fusion.

Au milieu de ce champ de ruines, entre tous ces corps nus, tu vois le verbe croire se conjuguer. Beaucoup de fidèles sont encore couchés au sol contre le gravier et consultent le ciel à la moindre ouverture de leur pupille en plein délire. Leur bouches sont grandes ouvertes, comme un halo de lumière, et tremblent. Aucun mot ne veut en sortir. Leurs mots, les croyants les gardent près de leur cœur, dans leurs prières. Ils laissent échapper quelques râles de désespoir tout au plus.

Mais au bord de l’avenue, une poignée d'irréductibles ne s'en laisse pas compter par les évènements. À genoux, en sous-vêtements, dans le froid givrant, ils tournent la paume de leurs mains vers le haut et inclinent la nuque vers un monde céleste qui n'appartient qu'à eux !

La transe est telle que certains se roulent par terre ou dansent autour du feu qu'ils ont allumé et alimenté à l'aide de leurs frusques trop lourdes pour leur pêchés.

Toute la place de la Croix-Rousse assiste à cette scène irréelle, des centaines d’âmes errantes se soutenant et s’entrechoquant à la vue de tous. Les uns pour retrouver dans la pupille d’un inconnu les images lumineuses encore nichées dans leur tête et pour finalement s’arracher les derniers instants de béatitude. Les autres pour ne pas flancher devant la satisfaction des badauds qui trouvent dans cette création théologique la plus grande expérience de spectacle vivant jamais organisée par la ville.

Plus vous vous enfoncez au cœur de la place, plus le spectacle se débride.

Et dans ce magma tu ne peux t'empêcher de remonter la filière des pèlerins quitte à abandonner les lieux. Le dandy te suit dans la rue du Mail, puis celle du Chariot d’Or et sur le chemin rue Louis Thévenet tu tombes nez-à-nez avec l’usine à fidèles.

Les processions se multiplient au pied de l’endroit. Celui-ci est noir de monde, envahi par une foule qui s’échappe d'un immeuble en fumée et s’enfuit vers le ciel en plein coma.

La fumée se propage à chaque fenêtre comme un faisceau gazeux. Tout n’est qu’ombres qui se percutent et poussent des cris de panique. Mais au dernier étage, dans l’ouverture d’une fenêtre se trouve une figure immobile. Lorsque le vent donne de la voix, tu peux l’entrevoir, le Seigneur de ces lieux. Le dieu vivant de toutes ces belles âmes.

Puis, elles rentrent les unes après les autres dans la grande bâtisse en pierre, ravalant leurs cris de joie pour mieux laisser apparaître un large spectre béat sur leurs bouches collantes. Une nappe de fumée habille l’air et l’espace. Quant au reste du public, il suit le mouvement en alimentant cette impression d’infini.

Tout le monde à la queue leu leu rebrousse chemin dans la gueule du loup.

Et quel loup ! Jamais tu n'aurais cru cela de la part du maître des lieux. En effet, le Seigneur de service s’était déjà tellement brûlé les ailes que tu ne pensais pas le voir se consumer encore. Qu’il s'ouvre les veines dans le sens de la circulation passe encore, mais qu'il commandite sa propre St Barthélemy depuis l'appartement particulier offert par ses géniteurs pour son vingt-cinquième anniversaire : chapeau bas, l’artiste ! Cela t’impressionne et te conforte sur ce que tu penses de lui en particulier et des autres en général. Tout le monde tousse.

Bienvenue dans le fumoir. Vous aussi suivez le sens de la marche. Tes narines épatées palpitent, elle détectent l'odeur du tord-boyau qui embaume l’atmosphère. Pourtant, dès l'entrée principale tu envisages une retraite anticipée et stratégique. Deux énormes pénis de quatre mètres sur deux ont vite fait de te refroidir, pour ne pas dire complexer. À force de les fixer tu en oublies presque les émanations qui dansent sous tes yeux !

Le dandy s'en amuse, il connait les lieux. Il a déjà une eau de vie dans la bouche lorsqu'il te tend la tienne et, en deux gorgées, tes appréhensions conservatrices disparaissent.

Tu as une obsession plus que singulière pour l'école d'Athènes. Mais parfois, il faut se mettre au niveau de l’art contemporain et apprécier les deux grands chibres méditerranéens et circoncis encadrant l'entrée de cette bâtisse. 

Non tu ne peux pas.

Le dandy fait du surplace, il a retrouvé une conquête. Une de plus. Il te la présente. Comme toutes les autres. Tu n'écoutes ni le pedigree, ni les arguments de cette jeune personne qui est effondrée depuis la dernière Fiacre. Elle ne sait plus où va l’art.

Toi, tu ne sais pas faire la conversation mais la conclure, et violemment si possible.

Alors tu ne demandes pas ton reste et franchis les deux tentures rouges et dorées partant du sommet de chacun des glands.

Dans ton dictionnaire personnel ce genre de passage psychanalitico-théologique s’appelle un vestibule. Peu importe. Tu as l’impression de marcher dans un cendrier à l’agonie.

En franchissant le rideau œdipien, tu découvres que le spectacle a commencé. Deux éphèbes tout droit sortis d'un porno gay banlieusard t'accueillent avec des poignées de bonbons acidulés roses et fuchsias. Tu les acceptes poliment en les fourrant dans tes poches. Tu les balanceras à la poubelle plus tard.

Ces deux sentinelles exotiques t'indiquent que quatre cavaliers de l'apocalypse en capuche —à qui tu ressembles étrangement— ont donné en offrande ces présents à leur Dieu et qu'ils reviendront bénir les lieux plus tard. Et que, quoi qu'il en soit, tu es un enfant de Dieu et que la félicité de touchera. Tu espères ardemment que la dite félicité n'aura pas une poitrine velue, un double décimètre et son nécessaire bondage.

La soif, toujours la soif, l'alcool fort doit être à l’étage. Si haut. Si loin.

Il est donc l’heure de l'ascension. Tu mets la main droite sur la rampe gauche de l'escalier avant de la retirer brusquement. La rampe est humide, collante, mielleuse au choix ou tout à la fois. Fort heureusement ton large jean troué est déjà totalement insalubre.

Pendant que tu t'essuies sur le denim et tu distingues, à travers la dense fumée, qu'il y a une dizaine de langues qui squattent lascivement la rampe en la lapant ! Peu importe tu continues d'avancer tant bien que mal en titubant faut de rampe saine à laquelle te raccrocher. Plus tu gravis les marches, plus l’épais brouillard s’installe.


Arrivé au premier étage, tu furètes comme tu peux à la recherche de bromure. La soif, toujours la soif, encore la soif. Là tu ne trouves que de vulgaires toxicomanes. Rien de spécial vu le lieu. Et à force d'imagination tu te dis que certains ont fait dans le progressisme : « Mangez, ceci est mon corps ! Buvez, ceci est mon sang ! Sniffez, ceci est un mix de mes os et de fleur de coca ! » Ils toussent en canon. La fin est proche.

Toi tu n'aimes pas les camés, parole d'alcoolique. Tu es partisan d'une désintoxication définitive, une balle dans la tête. Ni plus, ni moins. Sans distinction possible, même un membre de ta famille. Surtout un membre de ta famille ! Tu as un oncle qui est un drogué professionnel, le genre à ne pas crever après plusieurs décennies, mais qui arrive à tuer tout autour de lui. Si tu t’écoutais, tu ne leur laisserais pas le plaisir de mourir d'une overdose.

L'ascension continue, des groupes de gens fuient ta destination, le mystère s’épaissit devant tes yeux et ton sang manque cruellement d'alcool pur. L’air se raréfie, la folie s’emplit à chaque passage d’une bête de foire dans le sens inverse de ta quête. Si les zombies existaient, ils ressembleraient à ces fidèles-là, désarticulés et inarrêtables.

La rampe est toujours dégueulasse et surpeuplée.

La fumée devient opaque, mais tu as soif ! La montée est de plus en plus sujette à caution, mais tu te rappelles que le dernier épicier a fermé il y a plus de deux heures et que tes deux seules portes de sortie, le vendeur d'alcool du vieux Lyon qui doit être dévalisé et la station-service sous Bellecour communément appelée le-cimetière-des-berlines-au-pied-desquelles-poussent-des-préservatifs sont bien trop loin pour l'usure de tes jambes et ton souffle de buffle.


Puis le second étage offre la promesse d’un nouveau départ immaculé. La pièce enfumée dégouline encore de la fraîche peinture blanche depuis le haut plafond aux poutres apparentes. D'ailleurs quelques gouttes perlent et, parfois, viennent s’écraser sur le front d'un des fidèles et sur ton jean, ce qui a le don d’exciter tous les illuminés agenouillés et entassés au centre de la pièce vide fixant le sol les yeux fermés. Ils sont calmes et balancent lentement leur bassin de gauche à droite, sans jamais se toucher, pour trouver le nirvana.

Un balai aquatique dans un quadrilatère laiteux pour une conscience universelle.

Ils ne sont plus des hommes, ils ne sont plus des femmes, ils sont un. Oui, c’est possible.

Entre le rythme de la chute des gouttes et leur danse, la pièce semble peu à peu bouger.

Et si tu commences à le penser en oubliant la fenêtre qui donne sur la Saône, c'est qu’il est l’heure de partir.

Un dernier mouvement et tu tournes les talons. La paix est une chose, ton foie en est une autre. Putain, il te faut encore attendre afin d’inonder ton gosier de tout et n'importe quoi. Tu ne penses qu'à cela, ça t'obsède. Tu en oublies même les yeux qui te piquent douloureusement depuis quelques minutes. Te voilà arrivé à destination ! Devant toi il y a comme une panique sourde. Des corps s’affairent dans la brume, dans tous les sens, en fuyant quelque chose, en tentant de trouver la sortie de cet édifice hors normes !


Lorsque tu débarques en terre promise, un petit groupe semble s’échapper dans le sens inverse de ta quête. Là encore tu vois double, la multiplication des éphèbes est plus prompte que celle du pain. Les deux crypto-gays-exotiques de périphérie urbaine te laissent avancer jusqu'à une distance raisonnable. C’est-à-dire à portée de pénis. De toute manière tu as tellement de fumée devant les yeux qu’il t’est pratiquement impossible de jouer la sécurité. Ils montent la garde devant une immense porte en noyer d'où s'échappent des bruits confus, contradictoires et si évidents à la fois.


L'un deux entrouvre la porte. Tu penches la tête pour y voir plus clair à la recherche d'une bouteille, n’importe laquelle. Tu es prêt à forcer le barrage musculeux. Lorsqu’une voix lance : « Laissez, c’est le fils de l'apocalypse ».

Et sinon le fils de l'apocalypse il boit quoi, du sang de vierge ? Toi tu n’en demandes pas autant, et te contenterais bien d’une bonne pisse de chat, pure, pas coupée à l’eau !

Ça y est, tu es dans le saint des saints ! Tes yeux sortent de leur orbite.

Des bouteilles, des bouteilles, encore des bouteilles, toujours des bouteilles ! C’est ici que l’on fait pousser les bouteilles, il n’y a plus de doute possible. Tu te précipites dans leur direction sans en choisir une en particulier, sans rien demander, ni administrer les hommages d'usage.


Tes yeux sont grands ouverts devant l'évidence. Tu es heureux durant quelques instants.

Au milieu du merdier humain et de la dense fumée, tout ce qu’il y a à voir c’est le trône qui occupe le centre de cette gigantesque pièce totalement désarticulée par les mouvements désordonnés de tous ses membres nus et entrelacés. Tu ne tentes pas vraiment de te frayer un chemin, tu marches sur tout ce qui bouge, une bouteille dans la main, ton téléphone portable dans l’autre.

Tu raccroches définitivement.

Tu as déjà oublié le sien et tu sais que dorénavant tu devras faire uniquement avec son nom de famille lorsque tu passeras devant son bureau. Son petit ton autoritaire, c’est bien tout ce que tu aimais chez elle. Sa voix sanglote ton prénom encore. Ça tu le sais déjà. Elle te dit en se prenant au sérieux, que tu es un alcoolique et qu'elle est prête à te sauver. Mais tout est fini depuis le début, non ? Tu lui indique que le futur ne te concerne pas ou plus. Que la situation est simplement due à un problème moteur, un souci de management, rien d’extraordinaire. Cette voix t'apostrophe de nouveau d’un ton patronal pour t'accueillir dans son futur. Tu décroches une nouvelle fois de trop. Le téléphone sonne.

À l'autre bout de l’immense salle dorée se trouve le Dieu local. Une sorte de sous-fifre divin satisfaisant la croyance pour les nuls. Comme dans l'Antiquité mais avec des courtisanes qui trônent à ses pieds et des serviteurs qui se tiennent à ses côtés, prêts à lui fournir des grappes de raisin.

Un épais voile envahit maintenant la pièce. Soudain, la foule est prise de panique, mais reste immobile. Elle entend tout, mais ne comprend rien. Elle pense rester en vie, mais se veut fataliste.

Instinctivement pour trouver un raisonnement logique à tout cela tu passes les paumes de tes mains sur ton visage, puis ton front et enfin tes cheveux. Et tu constate que ta chevelure est en bataille. Alors, tu refais une à une les sixièmes, cinquièmes et quatrièmes tresses plaquées sur ta tête.

Le Dieu local clame en levant en l’air ses deux avant-bras à la peau brûlée qu’il a besoin de la force et de l’attention de tous ses fidèles !


Mes frères levez-vous et marchez !

Traduction : bande de cons, levez vos gros culs de merde vers la sortie la plus proche et ceci sans faire d'esclandres !

Écoutez votre guide.

Traduction : vous écoutez un imposteur.

Il indique qu’il est grand temps de rejoindre la dernière demeure.

Traduction : rentrez chez vous, parasites !

Le temps est venu.

Traduction : la fête est terminée.

Dieu affirme qu'il fera tout sauter pour emmener ses fidèles et lui dans un monde meilleur.

Traduction : il fera brûler sa réserve personnelle d'encens pour simuler un incendie !


Tu le connais, il veut juste aller se coucher. Il veut voir ça et donc se lever.

Pendant que tu retresses une troisième mèche sur ta tête. Tu lui rappelles que demain, tu seras un homme mort ou pas loin de l'être. Il n’écoute que d’une oreille. Tu parles à demi-mot. Match nul.

Cet imposteur a transformé son ancienne garçonnière art déco en un lieu de perdition, entre la backroom et le péplum ! Il y a des colonies de gens dénudés qui fourmillent aux quatre extrémités de la pièce située au dernier étage de l’hôtel particulier. Ils toussent tous, mais ont l’air de s’enivrer d’une odeur de fumée.

Les petites mains s’affairent à un grand dessein. Tous ces fidèles dépeignent frénétiquement le maître des lieux sur chaque mur encore frais de son précédent caprice pictural. Le plafond est céleste, d’un noir intense, constellé de petites taches blanches. Quant au sol, point de tapis persan, il est humain et il faut enjamber la chair ou lui marcher dessus pour se servir à boire. La soif ou la vie !

Tu clignes des yeux une dernière fois. Ta nuque flanche en avant un quart de seconde pendant que tes genoux tremblent. Tu clignes des yeux encore. Tu refais la deuxième puis la première de tes tresses plaquées. Tu clignes des yeux pour la première fois. Tu es paisible et pourtant en toi, ça brûle !

L'absinthe te saisit, tu l'aimes, elle t'aime et vous avez une passion commune : la folie. 

Tu souffles sur le verre. Tu l'enflammes avec ton briquet de secours, déniché dans ton large jean insalubre. Tu te sers juste ce qu'il ne faut pas. Tu renifles le goulot. Tes yeux brillent. Tu as un large sourire. Tu es heureux. Tu es un alcoolique, un vrai. Pire encore, depuis presque un trimestre.

Tu fais les cent pas autour du trône de pacotille. Tu raccroches une première fois. Tu as gagné en liberté et tout perdu en travail. Tu as tes raisons, tes torts aussi :

  • Alors, c'est comme ça, hein ? C’est ce que tu veux ? Très bien, toi et moi, c'est terminé ! Et cherche un autre endroit pour dormir ! À demain au travail, et sois à l'heure !

  • Non, certes pas, il ne faut pas négliger ce que tu représentes au niveau du portefeuille et de l’épicier !

  • Une relation animale, c'est tout ? C'est tout ce que représente cette relation à tes yeux.

  • Heu... Oui... Un jeu animalier ! Enfin peut-être des animaux avec des sentiments ? Enfin de la culpabilité sûrement !

  • Tout ça ce n'est qu'un jeu pour toi ?

  • Heu... Ne tombons pas dans le psychodrame. Ne faisons pas d'une banale histoire d’alchimie, une romance à l'eau de rose.

  • Je suis quoi au juste pour toi ?

  • ...


Nul besoin d'arbitre. Victoire par K.O. C'est l'ultime round. Les cloches sonnent. Tu reprends ton souffle et de l'eau de vie. Tu es dans les cordes. Pas encore. Tu ne veux pas tuer, tu ne fais que frapper. Tu gardes la distance. Tu l'observes. Tu serres les poings. Tu tapes les siens contre les tiens. Chacun retourne dans son coin :

  • Tu comptes rentrer ce soir ?

  • La nuit est encore longue et je me sens encore trop sale pour trouver le repos !

  • Tu vas m'en vouloir combien de temps encore mon chéri ?

Il te faut écouter pour bien négocier le virage. Trop tard. Répondre en ripant sur la mauvaise touche. Ne plus savoir coordonner la commande à distance et l'ordre neuronal. Ne pas répondre. Fixer bêtement la lumière verte qui clignote sans s’arrêter. Ne pas répondre. Entendre la sonnerie retentir. Ne pas répondre. Repenser aux cheminements de ses choix. Ne pas savoir. Avoir un doute sur l’un d’entre eux. Ne pas savoir. Arrêter de penser fonction de la qualité de la literie. Ne pas savoir. Prendre ses responsabilités sans espérer aucun pouvoir en retour. Ne rien entendre. Éviter de penser à l’image coincée entre ton front et la nuit. Ne rien entendre. Empêcher l’inéluctable, faire un choix. Ne rien entendre. Encore elle. Maintenant la moitié de ta tête est tressée pendant que l’autre fulmine.


Tu es toujours déçu. Tu préfères chercher que trouver. Tu es sûr que tu l’avais laissé ailleurs, le dandy a dû le déplacer pour toi avant de le perdre. Tu as enfin mis la main sur ton téléphone portable au milieu d'un charnier en mouvement !

À la base tu es venu chercher ton mobile mais tu ne bouges plus. Tu comprends pour la première fois le sens de l'expression mouvement de foule. Les orgies sont meilleures lorsqu’elles sont orchestrées par l’industrie pornographique. Il ne faut jamais voir la magie de près au risque de la voir disparaître définitivement !

Toute cette chair qui se bouscule à l’infini en répétant plus ou moins les mêmes gestes ressemble à une boucherie ambulante.

Ils s'unifient, se croisent, s'enlacent, se laissent, se séparent. Ils se couchent tous simultanément. Ils se regardent. Ils connaissent la consigne. Ils ont beaucoup répété.

Le signal retentit. Le son siffle. C'est une musique. Vangelis tonne et résonne de toute part, en trompette. Il y a une foi aveugle dans l'ensemble et un peu de peur dans le détail.

Tu es trop curieux pour partir. Le puzzle se déconstruit. Tu ne peux pas t'empêcher de constater que tu appartiens à un mouvement. Quelque chose te dérange. Tu allais passer à autre chose. Mais tu as toujours le même ressentiment. Ce manque.

Tu te dépêtres du magma.

Tu retrouves ton sens de l’orientation et des priorités.

Sur la table centrale, se trouve disposée une jarre remplie des fameux bonbons acidulés. Encore les mêmes. Tu te jures les avoir déjà vus ailleurs entre d'autres mains, des mains qui ne les acceptaient pas, bien au contraire. Etaient-ce les mains du dandy ou les tiennes ? À cet instant, les fidèles les portent à la bouche, entre leurs dents, sur leur langue, leur sexe.


Tu réfléchis. Elle est désamorcée. Peu à peu. Tu te calmes. Peu à peu. Ta tête est sur le point d’imploser. Maintenant le compte à rebours est enclenché. Et là encore, tu es entre ton front et le noir.

Elle est dans ta tête, comme une image indélébile.

Et tu n'arrives pas à te concentrer pour te rappeler pourquoi.

Soit, il ne faut pas prendre de bonbons roses et fuchsia. Tu as bien trop d'alcool dans le crâne pour ça. Mais par réflexe, tu relâches la poignée de bonbons. Et tu t'arrêtes. Tu prends une poignée de bonbons roses et fuchsia.

Ton large abdomen crie famine. Parce que tu n'as plus aucune idée en tête et tu ressens le manque. Peu importe...

Tu as un téléphone portable à trouver. Tu regardes sans chercher. 

Parce qu’au fond, tu es venu pour la retrouver. L’image. Elle est partie. Tu aurais dû rester.